Mise au point

Plusieurs réflexions me sont venues en écoutant dernièrement Minuit 10 sur France Culture, concernant l’art contemporain en général et l’art conceptuel en particulier.

Retour sur l’art conceptuel

Commençons par l’art conceptuel, puisqu’étaient invités dans cette émission quelques membres de Art and language. Michael Baldwin, outre quelques remarques du genre “l’art contemporain est dans la merde”, reprend (si j’ai bien compris) l’idée qu’en assumant son intériorité et son autoréférencement, l’art conceptuel atteste d’une résistance par rapport aux différentes formes de pouvoir contemporaines. Je trouve cette thèse trop faible ou trop risible pour être crédible ne serait-ce qu’une seconde. Car l’art conceptuel est pour moi l’essence même de l’art pour l’art, autrement dit d’un art qui ne parle qu’à lui-même et ne vaut que par lui-même. Bref un art éminement bourgeois, décidemment trés à l’aise dans le système capitaliste qui l’entretient comme il se doit.

Je crois pour ma part qu’il est nécéssaire, pour commencer à penser un art en mouvement, de remettre les pendules à l’heure dans l’art contemporain, et de clarifier un peu ma position avant de poursuivre. Loin de penser que l’art est dans la merde, et que nous sommes condamnés à revenir aux même figures du fiasco, de l’épuisement ou du chaos etc., il me semble que ce sont précisément ces artistes là (Bladwin et la génération qui l’imite), qui emmerdent (au sens propre du terme) l’art et le vident non seulement de son interêt mais surtout de sa nécessité.

Profession : critique d’art

J’aime bien me la jouer un peu réac. Alors voilà, je pense également que les critiques ont leur part de responsabilité dans cette situation. Lorsque j’écoute Minuit 10, j’entends ce mélange de complaisance et de superficialité, et ça me donne la nausée. Car enfin quel genre de regard est porté sur les oeuvres ? Il y en a-t-il seulement un, dans la mesure où à chaque fois, ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent, le même verbiage inconsistant qui finit par ne plus rien signifier. Mais ces critiques ne signifient rien, ils fonctionnent plutôt comme une chambre d’écho. Et encore.

J’aime bien Judith Cahen. Dans cette émission, elle fait sentir le manque de tact, de pertinence, et de fondement dans les questions posées par Goumarre.

A ce moment là, je m’interroge : doit-on poser la question à l’artiste ou à l’oeuvre ? Il me semble que c’est le dialogue avec l’oeuvre qui doit primer. Mais ce dialogue est absent. Evidemment, il est plus simplement de demander à l’artiste, car lui peut répondre de manière claire. Seulement, c’est oublier que l’artiste lui aussi doute, et que ses doutes lui servent précisément de matière première pour ses oeuvres.

Alors les questions du genre : “moi quand je vois de la violence et du sexe, avec comme ça des voitures carambolées, je pense à Ballard…vous vous sentez proche de Ballard ?”, franchement je trouve ça un peu juste. Il faut mettre ça sur le dos de la routine, de la fainéantise, du laisser aller. J’ai moi-même posé ce genre de question un certain nombre de fois. Je crois qu’on le pardonne d’autant moins qu’on se l’autorise ou pas.

On ne devrait plus s’autoriser tout ce verbiage qui entoure l’art contemporain. Facile à dire oui. Mais peut-être faudrait-il, dans un souci d’éfficacité, commencer par identifier ce verbiage. Facile, il suffit d’écouter 3-4 émissions. Je commence dans cette note un petit répertoire (verbes et noms), qui sera par la suite réguliérement enrichi.

Donner à voir
Interroger
Mettre en jeu (des questions)
Mettre en scène
Faire symptôme
Construire un travail

Autorité (à questioner ou défier)
Dispositif
Idiotie
Polyphonie
Situation
Posture
Porosité
Esthétique relationnelle
Postproduction
Hybridation

Best of (en lice pour le bullshit d’or)
Travailler sur des prothèses hypertechnologiques du corps

Construire à l’aide de quelques pierres de touche

Face au chaos laissé par tous les jean foutre de l’art conceptuel et leurs héritiers, il me semble pouvoir déceler quelques pierre de touches, permettant d’identifier les formes d’art contemporains qui me sont le plus chères. Ces notions aident à déceler ce qui rattache l’art contemporain à l’idée que je me fais de l’art. Leur liste est également appelée à être progressivement complétée. A chaque notion j’adjoint une sorte de Tag cloud afin de mieux faire apparaître les éventuels courants y étant attachés et les points de passage d’un courant à un autre.

Intimité / autofiction, autoreprésentation, récits intime

Réel / réalitisme, documents, documentaire, performance, happening, évenement

Situations / situationnisme, Tiqqun, événements, présentation

Mociologic

Cette note est un work in progress, au sens où elle comporte à la fois ce que je veux évacuer et ce que je veux clarifier. J’y affiche comme il se doit ma position, en même temps qu’elle m’aide à identifier ce qui dans l’art en mouvement m’intéresse.

Mociologic renvoie à la sociologie, à l’étude d’usages induits par des outils mobiles (téléphones, appareils photos, écrans nomades, etc.). Je détourne le nom pour parler d’art, car il me semble qu’il est possible d’envisager un art qui s’expérimente dans des espaces communs, en communauté. Espaces publics, transports en communs, aires urbaines, etc. J’imagine un mélange entre sociologie et art contemporain, dans lequel l’art viendrait subvertir les usages sociaux et la manière dont on vit ensemble. L’art en mouvement pour moi c’est ça, quelque chose qui bouge et fait bouger, qui touche et transforme des situations sociales qui ne ressortent a priori pas de l’art.

NB : Non le blog ne favorise pas les jugements à l’emporte pièce, au contraire. Il favorise une approche plus subjective, mais aussi plus conséquente lorsqu’il s’agit de porter un regard sur les oeuvres. La subjectivité revendiquée tient à l’affirmation de certaines valeurs et au fait d’assumer la côté inabouti et toujours in progress des réflexions et des jugements. Je pense et j’hésite. Mon hésitation et le fait que mon regard change sur une oeuvre a le droit de citer à n’importe quel moment. En tant que blogger, je maîtrise donc totalement ma parole. Je suis en ce sens bien plus responsable que n’importe quel journaliste, fusse-t-il critique d’art.

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Badiou ou le miracle de l’événement

Je pense que la pensée de l’art en mouvement, autrement dit d’un art qui se conçoit en mouvement, en dehors d’un espace propre et rendu possible par la prolifération de mobile devices, serait favorisée par la compréhension de quelques notions clés. Parmi elles, celle de “situation” déjà évoquée au détour d’un exemple. “L’événement” en est une autre, sur laquelle il importe de revenir à la fois en théorie et en pratique. Voici un bon résumé à mon sens, qui peut servir de préalable à la définition d’un art en mouvement. >> Badiou et l’évenement.

++Badiou++

Jesus 2.0

Mark Jenkins - Jesus 2.0

« Et sans doute notre temps… préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être… Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »

Feuerbach (Préface à la deuxième édition de L’Essence du christianisme).

>>Mark Jenkins< <

>>Jesus 2.0<<

Situations

Mark Jenkins - Giraffe

Mark Jenkins - Canard

La création culturelle que l’on peut appeler situationniste commence avec les projets d’urbanisme unitaire ou de construction des situations dans la vie, et les réalisations n’en sont donc pas séparables de l’histoire du mouvement de la réalisation de l’ensemble des possibilités révolutionnaires contenues dans la société présente. Cependant dans l’action immédiate, qui doit être entreprise dans le cadre que nous voulons détruire, un art critique peut être fait dès maintenant avec les moyens de l’expression culturelle existante, du cinéma aux tableaux. C’est ce que les situationnistes ont résumé par la théorie du détournement. Critique dans son contenu, cet art doit être aussi critique de lui-même dans sa forme. C’est une communication qui, connaissant les limitations de la sphère spécialisée de la communication établie, « va maintenant contenir sa propre critique ».
Les Situationnistes et les nouvelles formes d’action dans la politique ou l’art. GUY DEBORD - Juin 1963

Flagr


Pour poursuivre sur le geotagging, ce site que je trouve vraiment beau (il n’y a pas de secrets), fait par de jeunes americains de la côté est trés bosseurs et dotés d’un sens aigu du webdesign. Flagr existait bien avant que Flickr ne se mette au geotagging et le site offre d’ores et déjà un bel éventail de fonctionalités.

Des signes de l’existence de nouveaux objets - Théorie M

Le principe est simple : disposer ça et là dans Paris des tags éléctroniques qui, une fois photographiés au moyen d’un téléphone mobile, permettent de visionner des vidéos. Ces tags sont utilement compétés sur Internet par une google map qui permet de les repérer dans Paris. Les tags deviennent des geotags.

Les vidéos sont de deux ordres : Metropolis et Welles. Deux références, deux univers. La série de vidéo Metropolis questionne notre perception de la ville : espace à géométrie variable, unité apparente et complexité profonde, signes éparpillés. La série Welles ramène quant à elle aux figures de l’accident, autrement dit à ce qui se passe (c’est le sens étymologique d’accident) dans la ville.

Vidéo : Welles 05

Théorie M : dimensions problématiques de la ville, interrogation de la perception que l’on a d’elle et de notre place en son sein.

Une remarque sur la forme : toujours cette tendance un peu facile à doubler le message dans les vidéos (notamment les pistes audio dans Metropolis ), de manière à le complexifier ou simplement le rendre inintelligible. Petit tic post-moderne contreproductif et finalement trés télévisuel.

Even realer than real


5 milliards d’années joue donc sur l’élasticité du temps et de l’espace. Cette élasticité embraye sur une porosité : l’oeuvre existe ou n’existe pas encore (la bombe à retardement, la lumière qui s’allume, bref l’événement), l’oeuvre est située ou déplacée (accorchée ou excentrée à l’extérieur du musée), caractérisée ou au contraire interrogée.

Mais dans l’espace virtuel, tout ceci n’a aucun sens, car tout d’emblée ne fait qu’un et les formes ne sont ni tout à fait “fake”, ni tout à fait “real”. Dans cet espace, c’est hoax à tous les étages, simulacres et companies, prolongement et réinvention d’un réél hacké.

Et toujours bien sûr, la charmante Lisa.

Ghost rider


Il fonce, il fonce sur sa becane flambant neuve, bravant tous les dangers au péril de sa vie…sa photo fait un peu penser à K2000, version moto…mais en moins techno, moins frime. Car lui ne triche pas ! Entre le reality show et le snuff movie : passé les premières minutes (bon ok, il va vite), on attend qu’il se plante. Les expos depuis quelques années sont tellement saturées de catastrophes, d’explosions à retardement, de chutes et de fiascos qu’on ne devrait s’attendre qu’à ça : un téléscopage à 200 km/h. Une prochaine fois peut-être.

Ghost riders symbolise à lui seul l’esprit d’une partie des oeuvres de 5 milliards d’années. Tout y fonctionne à l’épate, ça ne fait pas de pli. Mais le bluff ça va bien un moment, mais aprés ça lasse. Piètre vernissage, pauvre entrée en matière.

Reprise d’activité

Aprés deux jours de travaux sur les différents blogs, les affaires reprennent enfin !

Deus ex machina

Wiki

Ca y est, la mociology a son Wiki, sa reconnaissance et son adoption dans la langue courante est en marche !

Autres éléments de définition :

Une conférence inaugurale pour la mociology :

RSA - Lectures - Event Details